COLLOQUES 2010
Énergies de demain :
quels réseaux sur le territoire ?

 

 
 

Présentation du colloque

publié le 10 mars 2011 (modifié le 9 octobre 2013)


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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?

On constate aujourd’hui l’émergence d’un affrontement entre un mouvement individuel et un mouvement collectif au regard des problématiques de l’énergie.
Est-ce là un phénomène original ? Il semble bien que cette orientation soit nouvelle si l’on se réfère à la fois à l’évolution des techniques et à celle des comportements.

Un petit retour en arrière s’impose.
Avant la révolution industrielle, la France, comme le reste du monde, était essentiellement rurale dans un cadre où les ressources « énergétiques » étaient par principe individuelles et prélevées sur les ressources locales :

  • la force animale limitée par la taille des attelages
  • le chauffage au bois prélevé sur place
  • l’éclairage avec des huiles végétales ou des graisses animales.

Toutefois une pente naturelle vers l’organisation et la concentration est très tôt apparue :

  • les moulins à eau ou à vent sont vite devenus collectifs
  • les transports à distance ont été organisés autour de la poste aux chevaux (Louix XI) avec 15 000 relais et 25 000 chevaux dans une organisation unique au temps de Louis-Philippe
  • le chauffage au bois destiné à Paris a débuté de façon délibérément organisée en 1547 : une fois les forêts de l’Ile-de-France épuisées, le bois de chauffage a fait l’objet d’un flottage quasi industriel qui a duré cinq siècles culminant à 1,2 millions de stères par an en 1815.

Ce système, oublié aujourd’hui, était très centralisé et organisé, les trains de bois étant assemblés dans les massifs forestiers en amont des affluents de la Seine pour être manipulés puis flottés et enfin déchargés à Bercy ou à Charenton, avant d’être repris par une distribution de détail qui annonçait les fameux « bois-charbon » du XIXe et du XXe siècle.
Mais en même temps l’apparition du charbon et du chemin de fer allait sonner le glas de cette énergie de chauffage.

Au cours du XIXe siècle, l’éclairage au gaz a commencé à se répandre dans les grandes agglomérations. Petit à petit les réseaux de distribution de gaz se sont étendus depuis les usines à gaz aux portes des villes jusqu’à tous les immeubles modernes (de l’époque).

C’est après la guerre de 1870 que l’on se mit à envisager de recourir à l’électricité pour l’éclairage. L’avenue de l’Opéra à Paris fut un des premiers sites éclairés par une unité de production sise à l’Opéra lui-même, constituée d’une machine à vapeur entraînant une machine de Gramme.

Petit à petit dans Paris on a alors installé des unités de production dans différents quartiers afin d’éclairer tel immeuble ou tel magasin, au grand dam des riverains qui par leurs protestations ont obtenu la fermeture de quelques unes des unités de production trop bruyantes dans la cour de leur immeuble.
De fil en aiguille les unités de production "individuelles" se sont multipliées.
En 1889 la Ville de Paris a décidé de mettre de l’ordre dans le système électrique de la capitale en divisant son territoire en six « secteurs » chacun faisant l’objet d’une concession à des intérêts privés, la ville ne se reconnaissant pas la capacité de conduire ce genre d’opération industrielle (PPP avant l’heure ?).
Chaque secteur était équipé d’une unité de production dite « centrale » permettant de produire de l’énergie électrique au meilleur coût destinée aux particuliers « raccordés au secteur », tandis que des usines plus importantes situées à la périphérie de Paris (Asnières, Issy-les-Moulineaux, Vitry-sur-Seine, etc.) étaient destinés à des usages industriels et prochainement à la traction électrique du futur métro et du futur tramway.
Un réseau d’échange d’énergie électrique commençait ainsi à s’étendre.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La pente naturelle des organisations humaines nous a conduits à disposer d’un système de production, de transport et de distribution de l’énergie très organisé où la recherche des gains apportés par l’effet de taille des outils et des organisations a naturellement servi de fil conducteur à l’amélioration de la performance économique.

Or l’évolution des systèmes et des organisations conduit toujours à un effet inverse à l’économie d’échelle au delà d’un certain niveau de croissance, qui imposerait, pour retrouver une certaine efficacité, de diminuer les tailles unitaires atteintes.

Quelle que soit l’énergie utilisée et quel que soit l’endroit du territoire concernés, les systèmes énergétiques en France ont favorisé :

  • les grosses unités de production et les systèmes de distribution complexes, ce qui répond à une logique strictement économique
  • le verrouillage pour la même raison des systèmes plus petits qui pourraient présenter d’autres avantages non comparables comme les énergies renouvelables produites localement, les systèmes de réseaux de chaleur, etc.

Depuis que la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre est devenue une priorité mieux reconnue, on recherche partout à réhabiliter les systèmes de production et consommation à circuit plus court et on a renvoyé le pendule vers plus de décentralisation, ce que de nombreux facteurs favorisants encouragent aujourd’hui :

  • les progrès technologiques à la production (photovoltaïque, éoliennes plus performantes etc.)
  • les systèmes de réseaux interconnectant les petits entre eux et pouvant remplir des fonctions au plus intelligentes que par le passé d’optimisation des échanges locaux
  • l’émergence de nouveaux concepts ou bien encore d’anciens concepts renouvelés (biomasse, solaire thermique etc)
  • la prise en compte économique des externalités qui conduit a reconnaître que tous les euros ne coûtent pas la même chose

Nous nous retrouvons avec une nouvelle tendance qui s’oppose au courant centralisateur précédent et qui nous confronte à des contradictions nouvelles sur deux axes essentiels :

  • un premier axe qui va de l’individu à l’organisation la plus complexe au plan international en passant par toutes les tailles de collectivités et toutes les tailles d’entreprises
  • un second axe fondé sur le comportement et la motivation des individus ou des groupes qui va d’un comportement vertueux aligné sur la conscience que la collectivité a un besoin vital d’économies en tout genre jusqu’à un comportement opportuniste lié par exemple à la création de tarifs exceptionnels permettant de justifier des dépenses d’investissement inhabituelles comme la production photovoltaïque individuelle, en passant par toute la palette des comportements attentistes ou suivistes.

Au plan individuel, en matière d’économies d’énergie, efficacité énergétique et énergies renouvelables, le bon sens demande de raisonner par étapes successives :

  • la sobriété = chasser le gaspillage (ne consommer de l’énergie que lorsque l’on en a besoin),
  • l’efficacité = réduire ses besoins en énergie mais faire ces économies sans modifier sa façon de vivre et de produire (isolation du bâti, technologies de gestion de l’énergie),
  • reconsidérer la pertinence des choix énergétiques : le recours à chaque forme d’énergie se raisonne en fonction des besoins et des technologies nécessaires. Dans cette dernière étape, même le recours aux énergies renouvelables (EnR) ne doit être envisagé qu’après s’être assuré que toutes les solutions en matière d’efficacité énergétique ont été mises en œuvre (ce préalable pourrait d’ailleurs être une éco-conditionalité à toute aide publique : prouver la performance recherchée, rendre compte des résultats obtenus).

Cette démarche peut donc se prolonger par une stratégie de production d’énergie soit pour tendre vers l’autosuffisance (ce n’est pas pour autant de l’autarcie) soit pour équilibrer un bilan énergétique global (consommations totales/production).
Ce qui peut sembler un comportement vertueux n’est pas à l’abri de dérives opportunistes : la production d’énergie par exemple peut aussi être initiée par une attitude spéculative (tarifs de rachat attractifs et subventions publiques pour l’équipement), ou de rente foncière (location de toitures pour des panneaux PV, ...).

Ces transformations, si elles ne sont pas destinées à inverser complètement les tendances d’évolution, vont tenir une place de plus en plus importantes dans les bilans finaux.

C’est dans ce contexte que nous pouvons parler d’un mouvement à la fois nouveau et irrépressible parce que fondé sur des principes forts pour tout ce qui concerne la problématique énergétique d’aujourd’hui et de demain.

Les temps forts de la journée

Les exposés introductifs du matin poseront la problématique, avec une vision internationale : « de la géopolitique de l’énergie au compteur individuel intelligent ».

L’augmentation structurelle du coût de l’énergie, l’épuisement prévisible des énergies fossiles, l’objectif de lutte contre le changement climatique bouleversent les équilibres entre sources d’énergie. L’introduction de 20% d’énergies renouvelables dans la production énergétique remet en cause le système de régulation électrique, en introduisant de la production dispersé par petites unités et des besoins de gestion sur des zones réduites. Les TIC facilitent la prise d’information locale.

La première table ronde : « Quelle énergie au plus près des consommateurs : pourquoi, comment et jusqu’où ? » abordera les questions suivantes :

  • le modèle économique
  • la place des collectivités territoriales
  • l’échelle géographique de gestion (immeuble, quartier, ville, ...)
  • l’insertion de la voiture électrique
  • l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, par une gestion active des consommations
  • l’émergence du tissu des entreprises intervenants et des compétences associées
  • la coopération et concurrence des fournisseurs d’électricité
  • les percées technologiques envisageables à moyen terme


La deuxième table ronde se focalisera sur les « réseaux intelligents ».
Les raisons d’un tel choix :

  • ces dispositifs peuvent avoir un rôle central dans la connaissance fines des consommations et des productions et donc dans leur régulation ou l’amélioration de leur efficacité
  • ils auront à terme un impact fort, tant aux plans technique, économique et des comportements
  • ils sont au centre d’une concurrence forte entre les intervenants du secteur de l’énergie mais aussi des télécommunications
  • ils font l’objet d’une rubrique dans le Grand emprunt, ce qui a fini de les mettre à la mode

 
 

Les actes du colloque

publié le 27 juillet 2010 (modifié le 15 mai 2018)

Les intervenants et animateur de ce colloque / Crédit photographique : MEEDDM/DICOMLes actes, reprise de l’intégralité du contenu des interventions,
débats et échanges de cette rencontre
qui a eu lieu le jeudi 8 avril 2010
à la Maison du Barreau à Paris
sont disponibles.

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Les actes du colloque 2010 (format pdf - 6.3 Mo - 27/07/2010)

 
 

Retour en images

publié le 26 mai 2010 (modifié le 9 octobre 2013)


Claude Martinand face à l'auditoire






Crédit photographique : Gérard CROSSAY (MEEDDM/SG/DICOM/IE/IE4) et CGEDD/SG/S7/BC